Édition Spéciale Noël : Le Mystère de la Boule à Neige - Chapitre 3 - FIN
Le ciel de verre de "Joyeuse-Vallée" se lézardait comme une vieille vitre sous un coup de marteau. Le sol de L'encre et la crème penchait désormais à 45 degrés.
— « Je savais que les talons n’étaient pas une option viable pour une apocalypse hivernale ! » hurla Pauline en s’agrippant désespérément à une étagère de livres de poésie qui commençaient à lui tomber sur la tête. « C'est physiquement impossible, la gravité ne répond plus aux lois de Newton ! »
Marion, de son côté, glissait vers le fond de la boutique. Dans un élan de survie purement instinctif, elle avait réussi à attraper un énorme sucre d'orge décoratif et une poignée de chocolats gratuits sur le comptoir. — « Si on doit mourir, je ne pars pas les mains vides ! » s'écria-t-elle alors que son bonnet de Noël clignotait frénétiquement, comme un signal de détresse.
Christelle, au milieu du chaos, regardait vers le ciel. À travers la fissure géante qui s'ouvrait au-dessus du village, elle ne voyait pas d'étoiles. Elle voyait... quelque chose de poilu. Quelque chose d'immense, de rose et d'humide.
— « Les filles ! Arrêtez de crier ! Regardez en haut ! »
Pauline et Marion levèrent les yeux. Une truffe de chat, de la taille d'un immeuble de trois étages, venait de se coller contre la paroi de verre. Un œil jaune gigantesque les observait avec une curiosité féroce.
— « C'est le chat ! » s'exclama Christelle. « Il est resté dans la boutique et il est en train de jouer avec la boule sur le comptoir ! »
— « Je vais tuer ce félin, » grogna Pauline, tout en manquant de se faire assommer par un dictionnaire des synonymes. « Il est en train de nous transformer en milk-shake de Noël ! »
— « On n'a pas le choix, » lança Marion en reprenant son sérieux (ou presque). « Si la boule se brise, on est coincées dans le néant entre les deux mondes. Il faut qu'on saute vers la fissure au moment où il la secoue ! »
Le plan était absurde, mais chez les Bitchachios, l'absurde était une seconde langue. Elles se donnèrent la main, formant une chaîne humaine entre les rayons de livres et les tables de café.
— « À trois ! » comanda Pauline. « Un... deux... »
Christelle trébucha sur son propre tablier de lutin juste au moment du départ, ce qui les propulsa toutes les trois dans un roulé-boulé collectif exactement au moment où une secousse monumentale envoyait la boule valser. Elles furent éjectées par la fissure au-dessus du village, dans un grand flash de lumière blanche et une odeur de litière propre.
Bim.
Le silence revint d'un coup.
Christelle se retrouva allongée sur le tapis de l'entrée de L'encre et la crème. Elle avait une guirlande électrique emmêlée dans ses boucles et une spatule à la main. Pauline était affalée sur le fauteuil de lecture, ses lunettes de travers. Marion, elle, était assise par terre, tenant toujours son sucre d'orge géant... qui était redevenu un simple stylo publicitaire vert.
Le chat, assis sur le comptoir, les regardait avec cet air de supériorité propre aux félins qui savent qu'ils viennent de sauver (ou de presque détruire) l'univers.
— « Il est quelle heure ? » demanda Pauline d'une voix rauque. Marion regarda sa montre. — « 18h05. On est parties... cinq minutes. »
— « Cinq minutes ? » s'étouffa Christelle en se relevant péniblement. « J'ai l'impression d'avoir passé trois jours à cuisiner pour un maire imaginaire ! »
Elles regardèrent le comptoir. La boule à neige était là. Mais à l'intérieur, il n'y avait plus de village, plus de boutique, plus rien. Juste de la neige qui retombait lentement sur un socle vide. Et à côté, une petite carte que personne n'avait remarquée auparavant : "La magie n'est que le reflet de ceux qui la regardent. Joyeux Noël, les Bitchachios."
— « Bon, » conclut Pauline en ajustant ses lunettes et en lissant son pull ( redevenu normal). « Je n'arrive pas à décider si on a eu une hallucination collective due aux vapeurs de cannelle de Christelle, ou si on vient de vivre un miracle de Noël de catégorie B. »
— « Quoi que ce soit, » dit Marion en se dirigeant vers le frigo, « ça m'a donné une faim de loup. Christelle, dis-moi que tes sablés ne sont pas tous devenus des cactus ? »
Christelle sourit, attrapa une boîte de gâteaux parfaitement réussis (pour une fois) et les posa sur la table. — « Non, ceux-là sont parfaits. Et pour fêter ça, on ferme la boutique, on commande trois pizzas et on ne touche plus jamais à aucun objet décoratif non identifié. »
— « Accordé, » répondirent Marion et Pauline en chœur.
Dehors, pour la première fois de la soirée, la pluie se changea en de vrais et magnifiques flocons de neige. Mais à l'intérieur de L'encre et la crème, entre les livres et les tasses vides, c'était la chaleur de leur amitié qui brillait le plus fort.

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