Christmas Special n°4 : L’éveil des cloches
De retour dans le vieux chalet, les filles reprenaient difficilement leur souffle. Elles avaient couru sans s’arrêter depuis l’estrade, encore sous le choc de leur confrontation avec l’esprit de Noël. À leur arrivée, la pièce était étrangement calme. La chaise du vieil homme était vide, la lampe à huile toujours vacillante, mais aucun signe de combat ni de chaos.
« Où est passé le vieux bonhomme ? » demanda Christelle, encore essoufflée. Elle tenait toujours sa cloche dorée comme un talisman protecteur.
« Peut-être qu’il a fui après avoir joué les héros. Perso, je le comprends, » murmura Marion, s’asseyant sur le sol pour tenter de calmer son pouls. « Cette cloche pèse une tonne, sérieux. »
Pauline observait la pièce avec méfiance, l’instinct de survie toujours en alerte. « Non, il est forcément encore là. On ne peut pas juste… revenir comme si de rien n’était. C’est trop calme. »
La tension monta encore d’un cran lorsqu’un bruit sourd résonna derrière elles. Une trappe s’était ouverte dans le sol, et le vieil homme en émergea, boitant légèrement mais toujours debout.
« Vous avez survécu… et vous avez les cloches. Bravo, mes petites. Mais il n’est pas encore vaincu. »
Les filles échangèrent un regard désespéré. Christelle prit la parole, l’intonation d’un ras-le-bol évident dans la voix. « Pardon ? Vous rigolez, là ?! On a agité ces machins comme des folles, il a explosé en lumière magique, et maintenant vous nous dites qu’il revient ?! »
Le vieil homme soupira, se laissant tomber sur sa chaise comme s’il portait tout le poids du monde. « Vous l’avez affaibli, mais son essence est toujours là. Elle est liée à cet endroit, à cette nuit. Si vous voulez vraiment le détruire, vous devrez réveiller les cloches. »
« Les réveiller ? Elles ont fait leur job, elles sont déjà bien réveillées ! » s’indigna Marion.
« Non. Ce n’était qu’une fraction de leur pouvoir. Pour libérer leur véritable force, elles doivent sonner ensemble au sommet de la colline du sapin, juste avant minuit. »
Pauline soupira, massant ses tempes. « Super. Bien sûr qu’il faut monter une colline glaciale en pleine nuit. Parce que rien ne peut être simple dans ce foutu village. »
Le vieil homme hocha la tête avec gravité. « Et vous devrez être rapides. Il sent votre présence. Il va essayer de vous arrêter. »
Les filles n’eurent même pas le temps de protester. Un rugissement guttural retentit au loin, suivi par un vent glacial qui sembla secouer toute la cabane.
« Ça, c’est sûrement lui, » murmura Christelle. Elle saisit sa cloche, les jambes flageolantes mais le regard déterminé. « Bon. Allons-y, avant que ce truc nous attrape. »
Le trio quitta le chalet avec le vieil homme à leur suite. La nuit était noire et glaciale, le chemin éclairé uniquement par une lueur argentée de la lune. La colline du sapin, imposante et enneigée, se dressait devant elles comme un défi insurmontable.
« Ça va, c’est pas si loin, » tenta Marion, plus pour se rassurer elle-même que les autres.
Le rugissement se rapprocha, et une silhouette familière, sombre et difforme, émergea des bois derrière elles. L’esprit avait pris une forme plus monstrueuse, ses yeux rouges perçant l’obscurité comme deux flammes malveillantes.
« Ok, c’est si loin, » rectifia Marion en courant.
Elles gravirent la pente en glissant et trébuchant, l’esprit les talonnant. Pauline, concentrée, attrapa la main de Christelle pour l’aider à grimper une portion particulièrement raide.
« Marion, bouge-toi ! Il est juste derrière toi ! » cria Christelle en jetant un coup d’œil derrière elle.
« Merci pour l’info, Einstein ! » répondit Marion en manquant de perdre une chaussure dans la neige.
Elles atteignirent finalement le sommet, essoufflées et tremblantes, alors que l’esprit approchait dangereusement. Devant elles se trouvait un immense sapin illuminé, ses branches ornées de guirlandes dorées et de décorations scintillantes. À son pied se trouvait un piédestal circulaire avec trois encoches parfaites pour les cloches.
« C’est là ! Dépêchez-vous ! » hurla le vieil homme, arrivé miraculeusement derrière elles.
Christelle plaça sa cloche dans l’une des encoches, suivie de Pauline. Marion, qui avait glissé sur une plaque de glace, se releva en catastrophe pour poser la sienne juste au moment où l’esprit atteignait le sommet.
L’instant où la dernière cloche fut en place, une lumière aveuglante émana du piédestal. Les cloches se mirent à sonner d’elles-mêmes, produisant un son si pur et puissant qu’il sembla transpercer l’esprit, qui hurla de douleur. Sa silhouette se désagrégea, se transformant en poussière qui se dispersa dans le vent.
Le calme revint enfin, le silence n’étant troublé que par le tintement léger des cloches. Les filles, épuisées mais vivantes, s’effondrèrent dans la neige.
« Ok, » dit Marion, les yeux fermés. « Plus jamais je ne viens dans un village isolé pour Noël. »
Christelle laissa échapper un rire nerveux. « Et moi, plus jamais je ne fais confiance à un vieux monsieur mystérieux qui vit dans une cabane. »
Le vieil homme, souriant malgré son apparence fatiguée, s’approcha d’elles. « Vous avez sauvé Noël. Merci. »
Pauline, épuisée mais encore pragmatique, leva un doigt. « Super. Maintenant, on peut redescendre ? Je meurs de froid. »
Sans attendre de réponse, elles se levèrent et prirent le chemin du retour, laissant derrière elles le sapin majestueux et ses cloches héroïques. Mais dans l’ombre, sur une branche enneigée, une petite figurine les observait : une poupée de clown, figée dans un sourire énigmatique, qui semblait presque vivant.

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