Christmas Special n°5 : La lumière après l’ombre - THE END


De retour au village, les filles avançaient péniblement dans la neige, chacune plongée dans ses pensées. Le calme qui régnait était presque assourdissant après les événements éprouvants de la colline. Les guirlandes lumineuses accrochées aux maisons scintillaient doucement, et un mince filet de fumée s’échappait des cheminées. Tout semblait étrangement paisible.

« J’ai l’impression de sortir d’un rêve… ou d’un cauchemar, » murmura Pauline, serrant son manteau contre elle.

« Rêve ou pas, j’ai besoin d’un chocolat chaud. Avec une tonne de chantilly. Sinon, je m’effondre, » répliqua Marion en titubant légèrement.

Christelle hocha la tête, épuisée mais satisfaite. « Moi, je propose qu’on s’enferme dans la première maison qu’on trouve, qu’on mange tout ce qui traîne et qu’on dorme jusqu’à l’année prochaine. »

Elles arrivèrent enfin devant le chalet de la vieille grand-mère, qui semblait maintenant accueillant et chaleureux, comme si rien d’étrange ne s’était jamais produit. À l’intérieur, le vieil homme était déjà là, installé devant un feu de cheminée crépitant, une tasse fumante entre les mains. Comment il avait pu arriver avant elles restait un mystère, mais aucune n’avait la force de poser la question.

« Vous avez bien travaillé, mes petites. Venez vous réchauffer, tout est prêt, » dit-il en leur indiquant un plateau de boissons chaudes et de biscuits au pain d’épices.

Les filles ne se firent pas prier. Marion se précipita sur le chocolat chaud, Christelle attrapa une tasse de thé brûlant, et Pauline choisit un café noir. Elles s’assirent devant la cheminée, profitant enfin d’un moment de calme.

« Alors, c’est ça, sauver Noël ? On souffre, on court, on combat des monstres… et à la fin, personne ne nous remercie ? » lança Marion avec une moue.

Le vieil homme sourit. « Mais vous avez sauvé plus que Noël. Vous avez sauvé l’esprit de cette fête. Vous l’avez rendu à ceux qui en avaient besoin. »

Pauline, sceptique, haussa un sourcil. « Vous voulez dire que vous avez envoyé un monstre sur nous pour nous donner une leçon ? »

« Ce n’était pas prévu ainsi, » répondit-il, l’air vaguement gêné. « Mais parfois, les choses se compliquent. Ce qui compte, c’est que vous avez fait preuve de courage et d’amitié. »

Christelle éclata de rire, brisant la solennité du moment. « Courage, c’est vite dit. Moi, j’étais surtout morte de trouille. »

Les autres pouffèrent, et une atmosphère plus légère s’installa. Elles racontèrent leurs mésaventures en riant, se moquant de leurs propres maladresses et exagérant les détails pour mieux s’amuser. La tension s’évaporait peu à peu, remplacée par un sentiment de soulagement.

Alors qu’elles terminaient leurs boissons, le vieil homme se leva et leur tendit une enveloppe scellée d’un cachet de cire en forme d’étoile. « Avant de partir, prenez ceci. C’est une invitation spéciale pour le réveillon. Vous le méritez. »

Pauline accepta l’enveloppe avec méfiance. « Encore une aventure bizarre, ou c’est juste un dîner normal ? »

« Juste un dîner, je vous le promets. »

Les filles le remercièrent, bien qu’encore légèrement méfiantes, puis décidèrent qu’il était temps de rentrer. En sortant, elles remarquèrent que la neige tombait doucement, recouvrant le village d’un manteau immaculé.

« Bon, les filles, on rentre ? Je commence à avoir sérieusement besoin de mon lit, » dit Marion en étouffant un bâillement.

Elles prirent le chemin du retour, le cœur plus léger malgré l’épreuve qu’elles venaient de traverser. Mais alors qu’elles atteignaient la sortie du village, Pauline s’arrêta net.

« Attendez une seconde… Vous avez vu ça ? »

Elle pointa du doigt un banc de neige sur le côté de la route. Une petite poupée était posée là, immobile mais étrangement familière. C’était un clown, vêtu de guenilles colorées, son visage figé dans un sourire sinistre.

Christelle blêmit. « Non. Non, non, non. Pas encore. »

Marion se pencha pour mieux voir, mais Pauline la tira en arrière. « Ne t’approche pas. On ne sait pas ce que c’est. »

« Ce que c’est ? » Marion éclata de rire nerveusement. « C’est une blague, voilà ce que c’est. Quelqu’un essaie de nous faire flipper. »

« Eh bien, ça marche, » murmura Christelle en se reculant prudemment. « On bouge avant que ça ne fasse quoi que ce soit de bizarre. »

Elles s’éloignèrent à grands pas, jetant des regards furtifs derrière elles. Mais la poupée ne bougea pas, restant là, figée et mystérieuse. Peut-être n’était-ce qu’une coïncidence. Ou peut-être que leur aventure n’était pas totalement terminée…

Arrivées chez elles, elles fermèrent soigneusement les volets et verrouillèrent les portes. Puis, blotties sous des couvertures avec des biscuits et du chocolat chaud, elles laissèrent la magie de Noël leur apporter un peu de répit. Pour cette nuit au moins, elles étaient en sécurité.

Et dans le lointain, sous la lumière argentée de la lune, le petit clown continuait de sourire.

Sous les couvertures, les filles tentèrent de se distraire en parlant d’autre chose, mais l’image de la poupée-clown restait gravée dans leurs esprits. Christelle brisa finalement le silence :

« Bon… et si c’était juste un gamin qui l’a laissée là ? Une poupée normale ? »

Pauline, qui mordillait un biscuit nerveusement, secoua la tête. « Une poupée normale posée pile sur notre chemin après tout ce qu’on vient de vivre ? Sérieusement, Christelle ? »

Marion soupira, une couverture tirée jusqu’à son nez. « Vous réalisez qu’on s’est peut-être trop monté la tête ? Peut-être qu’on est juste fatiguées. »

Un silence tendu s’installa, puis Christelle éclata de rire. Pas un rire nerveux, mais un vrai rire sincère, qui fit sursauter les deux autres.

« Mais quoi ? » demanda Pauline, confuse.

« Je viens de penser à ça, » dit Christelle entre deux hoquets de rire. « Si quelqu’un avait dit qu’on passerait Noël à affronter des monstres, courir dans la neige, et flipper à cause d’une poupée… on ne m’aurait jamais cru. Sérieux, vous avez vu nos têtes ? »

Contre toute attente, Marion et Pauline se mirent à rire aussi, le genre de rire qui naît de la tension relâchée. C’était contagieux, presque libérateur, et bientôt elles étaient toutes pliées en deux.

Quand leur hilarité s’apaisa, Marion s’essuya les yeux. « D’accord, mais juste pour être sûre, on vérifie que tout est fermé. Pas de fenêtre entrouverte, pas de cheminée suspecte ? »

Pauline leva les mains. « Je l’ai déjà fait trois fois, mais si ça te rassure, vas-y. »

Christelle la retint. « Non, attends. Avant que quelqu’un ne se lève, faisons un pacte. Si jamais cette histoire du clown nous poursuit encore, on s’en débarrasse ensemble. »

Elles tendirent chacune une main, un sourire amusé mais sérieux sur les lèvres, et scellèrent leur pacte. Puis, après avoir vérifié pour la énième fois les verrous, elles s’installèrent pour de bon. Le chocolat chaud était terminé, les biscuits presque tous mangés, et malgré leurs appréhensions, la chaleur des couvertures et la fatigue eurent raison d’elles. Une à une, elles sombrèrent dans un sommeil profond.


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