Mariage à Poils et à Paillettes


Personne ne savait vraiment comment tout avait commencé. L’histoire était floue, un peu comme un rêve étrange qu’on essaie de se remémorer le matin. Tout ce que Pauline, Marion et Christelle savaient, c’est qu’un courrier raffiné, arrivé dans une enveloppe crème scellée à la cire dorée, leur avait annoncé une invitation à un mariage dans un « domaine d’exception ». Le style était ampoulé, les mots ronflants, et pourtant l’idée d’un week-end chic dans un château les avait toutes les trois emballées.

— J’ai toujours rêvé de voir un lâcher de colombes, avait dit Marion en lisant l’invitation à haute voix.

— Moi je veux juste du champagne à volonté, avait rétorqué Christelle, en repérant la mention "cocktail et réception dans les jardins".

— Et moi, j’espère qu’ils ont une bibliothèque dans leur château, avait murmuré Pauline en relisant une troisième fois le papier cartonné pour vérifier si l’adresse semblait bien réelle.

Elles avaient donc pris la route ce samedi-là, vêtues de leurs plus belles tenues : Marion dans une robe rouge flamboyante, Pauline en vert émeraude malgré les protestations esthétiques de Christelle, et cette dernière resplendissante en violet satiné.

En arrivant au domaine, situé au fond d’une vallée verdoyante bordée de lavande et de cyprès, elles furent instantanément frappées par la beauté des lieux. Le château, bâti en pierres claires, surplombait un étang scintillant, et une arche de fleurs géantes avait été dressée devant la terrasse. Les invités, déjà rassemblés, étaient… originaux. On apercevait des chapeaux à plumes, des costumes victoriens, un homme en kilt et même quelqu’un en cosplay de licorne.

— C’est… c’est un mariage à thème ? demanda Marion en regardant autour d’elle, déstabilisée.

— On dirait que c’est le thème : "fais ce que tu veux tant que c’est extravagant", marmonna Pauline.

Un majordome sortit du château en courant, portant un plateau d’amuse-bouches au tofu. Il manqua de trébucher sur une chèvre en goguette.

— Je rêve ? dit Christelle en pointant l’animal du doigt. Il y a une chèvre avec un nœud papillon !

Mais ce n’était que le début.

Au moment où la cérémonie allait commencer, la foule se tourna vers le bout de l’allée fleurie. Une musique épique jaillit d’un petit orchestre de chambre déguisé en pirates. Puis… ils les virent.

Deux lamas.

Oui, deux lamas. Habillés.

L’un portait un voile de mariée et une guirlande de marguerites autour du cou. L’autre arborait une redingote pailletée et une casquette rose. Ils avançaient d’un pas solennel, guidés par deux demoiselles d’honneur en tutu.

Marion cligna des yeux.

— C’est… une blague ?

Pauline ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit, puis déclara, très calme :

— Ce n’est pas un mariage d’humains.

Christelle était déjà pliée de rire.

— Les mariés sont des lamas ? Sérieusement ?!

Un homme s’approcha d’elles, coiffé d’un haut-de-forme orné de paillettes et chaussé de Crocs dorés.

— Bienvenue, mesdames ! Je suis Gonzalo, maître de cérémonie. Vous êtes ravissantes, ravies que vous ayez pu venir ! C’est une journée très spéciale, vous savez, Bella et Carlos sont ensemble depuis quatre ans.

— Bella et Carlos ? répéta Pauline.

— Les lamas, précisa Gonzalo avec un clin d’œil. On célèbre leur union aujourd’hui. De vrais tourtereaux !

Marion manqua de s’étouffer avec sa coupe de champagne.

Christelle, elle, était en pleine euphorie.

— C’est le meilleur jour de ma vie, gloussa-t-elle. Je veux un selfie avec la mariée.

Les festivités commencèrent. La cérémonie fut animée par une druide vêtue d’un peignoir licorne. Le rituel consistait à faire passer une carotte magique de main en main, puis de chanter "L’Amour est un lama rebelle" sur l’air de Carmen.

Le vin d’honneur se déroula sous un arbre centenaire, où des coqs en liberté picoraient les miettes des toasts au chèvre.

— Je crois que j’ai vu une autruche, dit Marion d’un ton inquiet.

— C’est normal, dit Pauline. Ce n’est pas un mariage. C’est un zoo chic.

Puis tout dégénéra.

À cause d’une malheureuse boulette de tofu tombée au sol, deux poules et un bébé alpaga entamèrent une course-poursuite au milieu des invités, renversant les verres de Prosecco, déclenchant des cris de panique… et une bataille de mousse au wasabi.

Marion, tentant de sauver son escarpin coincé dans une racine, glissa et atterrit dans un tonneau de pétales de rose.

Pauline, voulant l’aider, se prit une décoration florale en plein visage.

Christelle, elle, n’avait jamais été aussi heureuse.

— C’est du théâtre vivant, cria-t-elle. J’en veux pour tous mes samedis soirs.

Le repas se révéla tout aussi inattendu : une salade d’air aux micro-pousses de betterave, un sorbet au foin, et un plat principal intitulé "Émotion végétale".

— C’est un poireau, chuchota Marion, désespérée. Juste un poireau. Tout seul.

— Tu veux qu’on demande du ketchup ? proposa Pauline.

— Je veux rentrer chez moi, souffla Marion.

Mais le clou du spectacle arriva pendant la soirée dansante.

Une énorme montgolfière descendit lentement dans le jardin. À son bord, une fanfare. Tandis que les invités ovationnaient l’arrivée, le sol se mit à trembler légèrement.

Un feu d’artifice explosa dans le ciel, formant un cœur géant, puis les mots : "Bella + Carlos Forever".

— Ils ont mis leur budget dans la paillette, murmura Pauline, impressionnée malgré elle.

Puis Bella, la mariée lama, sauta de joie et fit une ruade qui envoya voler un bouquet géant… directement sur Marion.

— Voilà, dit Christelle. Tu es la prochaine à te marier. C’est la règle.

— Je vais marier un lama ? répondit Marion, les yeux écarquillés.

— Si c’est Carlos, t’auras de la concurrence, soupira Pauline. Il a un charisme fou.

Finalement, après une soirée entre danse des invités déguisés en abeilles, duel de ukulélés, et intervention d’un magicien autoproclamé hypnotiseur d’animaux, les filles réussirent à trouver refuge dans l’orangerie transformée en dortoir chill-out.

Épuisées, encore en robe de soirée, elles s’affalèrent sur un lit de coussins géants.

— Est-ce que cette journée a existé ? demanda Pauline.

— Je ne suis pas sûre, dit Marion. Mais j’ai mal partout.

— C’est le plus beau mariage de toute ma vie, sourit Christelle, en observant Bella et Carlos paisiblement endormis à travers les vitres.

Et le lendemain, en rentrant, elles reçurent une carte de remerciement signée d’un coup de sabot imprimé :

Merci d’avoir partagé notre bonheur laineux. Vous êtes maintenant les marraines officielles de nos futurs bébés. Lama love forever.
– Bella & Carlos 🦙💍

Marion jura de ne plus jamais accepter une invitation sans lire les petites lignes. Christelle encadra la carte dans sa cuisine. Et Pauline… en fit une nouvelle nouvelle courte qu’elle intitula simplement : "Mariage à Poils et à Paillettes".

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