Opération Présidentielle



Tout avait commencé par une journée on ne peut plus normale pour les Bitchachios. Marion était tranquillement en train de siroter un bubble tea en terrasse, Pauline lisait un polar suédois à l’ombre d’un arbre, et Christelle triait ses playlists Spotify en maugréant que rien ne valait un bon vieux tube des années 2000. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, et rien ne semblait troubler cette paisible après-midi.

Soudain, sans prévenir, les trois filles furent aspirées dans le vide par une trappe surgissant du sol sous leurs pieds, les projetant dans un tunnel coloré à la vitesse de l’éclair. Elles hurlèrent — un mélange d’excitation, de peur et de résignation — car elles savaient très bien ce que cela voulait dire.

— Pas encore Jerry ! s’écria Christelle, les cheveux au vent.

Une minute plus tard, elles atterrissaient en douceur sur des coussins moelleux dans une pièce blanche ultra-futuriste. En face d’elles, comme toujours impeccable dans son costume trois-pièces, se tenait Jerry, leur mentor et chef du WHOOP.

— Mesdemoiselles, vous voilà enfin. Nous avons une mission capitale pour vous. Le président des États-Unis d’Amérique a été kidnappé.

— PARDON ? s’étouffa Marion en enlevant une perle de thé collée sur sa joue.

— Il a disparu lors d’un sommet ultra-secret en Alaska. Aucun message, aucune rançon. Juste une empreinte... d’alpaga.

Silence dans la pièce. Pauline cligna des yeux.

— Pardon, t’as dit alpaga ? Tu veux dire l’animal avec une tête d’hippie déprimé ?

— Exactement, confirma Jerry en pianotant sur une tablette. Ce qui est étrange, c’est que l’alpaga fait partie d’un ancien programme militaire top-secret abandonné dans les années 80 : Projet Poilou.

Christelle éclata de rire.

— Attends... tu veux dire qu’on va se battre contre une armée de... peluches vivantes ?

— Si seulement. Ce sont des alpagas génétiquement modifiés, très intelligents, extrêmement rapides... et dotés de lasers rétiniens.

— Oh. Super. On va mourir, marmonna Marion.

Jerry leur tendit une mallette brillante. À l’intérieur, trois tenues de mission flashy (évidemment adaptées à leurs goûts personnels — rouge pour Marion, violet pour Christelle, noir classe pour Pauline), et un assortiment de gadgets farfelus : rouge à lèvres grapin, serre-tête brouilleur d’ondes, chewing-gum paralysant, et lunettes à vision thermique... en forme de cœur.

— Vous partez immédiatement pour Anchorage. Un jet vous attend. Bonne chance, les Bitchachios. Le monde compte sur vous.

L’atterrissage en Alaska fut brutal. En sortant de l’avion, elles furent immédiatement accueillies par un vent glacial, une jeep blindée, et un agent spécial au look trop parfait pour être honnête.

— Agent Fox. Ravi de vous rencontrer. C’est moi qui vous escorte.

— Fox comme le renard ou Fox Mulder ? lança Pauline, déjà suspicieuse.

— Les deux. On m’a dit que vous étiez un peu... non conventionnelles.

— On est le WHOOP dans toute sa splendeur, baby, répliqua Christelle en ajustant son serre-tête.

Ils prirent la route vers une ancienne base militaire désaffectée. Mais à mi-chemin, la jeep fut prise dans une embuscade. Un troupeau d’alpagas mécaniques, aux yeux rouges clignotants, les encercla.

— OK, ils sont mignons, admit Marion, avant d’esquiver un rayon laser qui fit fondre un panneau de signalisation.

S’ensuivit une bagarre épique. Christelle, à coups de lasso laser, immobilisa deux alpagas. Pauline se jeta sur un autre pour l’étrangler avec ses écouteurs — à l’ancienne. Marion, elle, utilisa une boule de chewing-gum paralysant... qui rebondit contre un arbre pour coller ses cheveux. Pas le meilleur moment.

Ils parvinrent à s’enfuir et, après quelques acrobaties dignes d’un film hollywoodien, ils atteignirent la base. À l’intérieur, un laboratoire ultra-secret. Le président était là, enfermé dans une cage en plexiglas blindé, gardé par un alpaga géant. Genre... vraiment géant. Genre Godzilla, version laineuse.

— Oh bordel de mouton, souffla Pauline.

Le plan ? Improvisé, évidemment.

— Christelle, tu chantes ! cria Marion.

— QUOI ?

— Tu fais un solo ! Distrait-le !

Christelle, les yeux paniqués, sortit un vieux refrain de Britney Spears à tue-tête. Étrangement, l’alpaga sembla s’adoucir. Il se mit même à onduler de la laine.

— J’y crois pas, marmonna Pauline. C’est un fan de pop.

Profitant de la diversion, Marion grimpa sur un échafaudage, sauta sur le dos de la bête et planta son rouge à lèvres-grappin dans la console de sécurité. Des étincelles jaillirent. Pauline désactiva les verrous. Le président tomba, enroulé dans un plaid.

— Je veux rentrer chez moi, gémit-il.

Ils s’enfuirent en hélico, poursuivis par une meute d’alpagas déchaînés. Mais un tir de chewing-gum collant les cloua au sol, juste à temps pour que l’hélico prenne de l’altitude.

De retour à la base WHOOP, le président, reconnaissant, leur remit la Médaille de l’Héroïsme Involontaire. Jerry souriait, fier.

— Mesdames, encore une fois, vous avez sauvé le monde.

— Et ruiné nos brushings, ajouta Christelle.

— Vous vous en sortez toujours, ajouta Jerry.

— À une condition, soupira Marion. Qu’on ne nous rappelle pas avant minimum trois semaines.

— Je ne promets rien, répondit Jerry avec un sourire mystérieux.

Alors que les filles quittaient le QG, Christelle chanta doucement le refrain qui avait conquis l’alpaga géant :

"Oops I did it again..."

Et toutes les trois éclatèrent de rire.

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