Cap sur l’Atlantide (ou presque)
Tout avait commencé par une idée brillante — ou complètement absurde, selon le point de vue — lancée un dimanche matin, autour d’un brunch gargantuesque. Marion, la bouche pleine de pancake, s’écria soudain :
— Et si on allait faire une virée en mer ? Genre… louer un bateau, sentir le vent salé, vivre notre meilleure vie de sirènes badass ?
Christelle haussa un sourcil.
— Tu veux dire… en mer, mer ? Pas un pédalo sur le lac du coin ?
— Non ! répondit Marion avec enthousiasme. Un vrai bateau ! Avec un gouvernail, une cabine, un capitaine barbu, tout ça !
— Pourquoi pas, murmura Pauline en regardant son jus de fruit d’un air songeur. Après tout, on a survécu à des tsunamis, à un mariage de lamas et à des aliens chanteurs. Qu’est-ce que la mer peut nous faire ?
Le lendemain, les Bitchachios se retrouvèrent au port, vêtues de tenues marines approximatives. Christelle portait un ciré jaune fluo façon “Capitaine Iglo stylée”, Pauline avait un bob à fleurs et une marinière trois tailles trop grande, et Marion… eh bien, Marion avait opté pour un bikini doré, un kimono en soie et des lunettes de soleil en forme de coquillages.
— Je ne suis pas sûre qu’on soit prêtes pour le Vendée Globe, marmonna Christelle en montant à bord du petit voilier qu’elles avaient loué : Le Bitchachio Bleu.
Le capitaine du bateau, un certain Jacky – 60 ans, peau tannée, dents de travers mais regard malicieux – leur donna quelques consignes de base avant de leur laisser les commandes.
— J’vous préviens, ce rafiot est capricieux, mais il flotte. Et si vous voyez des dauphins qui parlent, c’est que vous avez abusé du rosé.
Et il disparut.
Quelques heures plus tard, le soleil brillait, les vagues clapotaient, et les filles s’amusaient comme des folles, prenant des selfies avec des mouettes, dansant sur le pont au son d’un vieux haut-parleur Bluetooth qui grésillait du Beyoncé.
— C’est le paradis, soupira Marion, allongée sur un transat, un verre de jus de coco à la main.
— Tu dis ça parce qu’on n’a encore rien cassé, nota Christelle en ajustant le cap.
C’est alors que Pauline, qui observait l’horizon avec ses jumelles, cria :
— Il y a un vortex là-bas ! Ou une tempête ! Ou… un tourbillon cosmique ?!
— Ça existe, ça ? répliqua Christelle.
Mais il était trop tard. Une gigantesque vague surgit de nulle part, aspirant leur bateau dans un tourbillon aquatique.
Tout tourna, l’eau s’engouffra dans leurs oreilles, le ciel sembla chavirer — et puis, silence.
Quand elles rouvrirent les yeux, le bateau flottait calmement dans une lagune d’eau turquoise, au cœur d’un cratère entouré de colonnes antiques et de statues mi-humaines, mi-poissons.
— C’est pas Ibiza, murmura Marion. On est mortes ?
— Je crois pas, dit Christelle en pinçant le bras de Pauline.
— Aïe ! Non, on est vivantes.
Soudain, un dauphin surgit de l’eau, enroulé dans une cape faite d’algues.
— Salutations, élues de la surface.
Les trois filles se figèrent.
— Le dauphin… parle ? souffla Marion.
— Je suis Delfinus Maximus, ambassadeur royal de l’Atlantide. Vous avez été convoquées.
— Pourquoi nous ? demanda Pauline, méfiante.
— Parce que vous êtes… rigolotes, humaines, et complètement imprévisibles. Et l’Atlantide a un sérieux problème.
On les escorta — en barque-coquillage tirée par des hippocampes bodybuildés — jusqu’à la Cité Atlantéenne, une ville sous-marine à l’architecture majestueuse mais bizarrement kitsch, mêlant art déco, aquarium géant et fontaines à paillettes.
Là, elles rencontrèrent la Reine Coralissima, une sirène aux cheveux roses, à la voix mélodieuse et à l’humeur… changeante.
— Mesdames, commença-t-elle, un terrible fléau menace notre cité. Nos dauphins humoristes ont disparu, les sirènes rappeuses sont muettes, et notre festival annuel de danse sous-marine est en péril !
— C’est une urgence culturelle, traduisit Christelle.
— Pire que ça, ajouta Coralissima. Nous soupçonnons un complot des Méduzators, un gang de méduses punk qui veulent imposer le silence éternel pour dominer les abysses.
Les filles, bien sûr, acceptèrent la mission. Après tout, sauver une civilisation aquatique branchée, c’était une première, même pour elles.
Guidées par Delfinus Maximus, elles descendirent dans les profondeurs sombres de la cité engloutie, munies d’équipements magiques : palmes antigravité, bulles d’oxygène chantantes, et harpons à paillettes.
Après quelques frayeurs (un poisson-ballon farceur, une fausse alerte au kraken, un selfie mal cadré), elles découvrirent une salle secrète remplie de projecteurs cassés, de micros détrempés et… des méduses en train de faire du slam politique.
— Le silence est notre droit / Trop de bruit, trop de strass / On veut du calme dans les eaux / Que cesse le show, c’est notre credo !
— Attendez, dit Pauline en s’avançant, vous ne voulez pas vraiment détruire le festival… vous voulez juste être entendues.
Les Méduzators se regardèrent, surprises. Puis l’une d’elles, avec une crête violette, répondit :
— Peut-être… mais personne ne nous écoute.
C’est ainsi que Marion proposa une idée révolutionnaire : un spectacle commun, réunissant les deux clans, avec un numéro final de danse électro-médusienne.
Christelle fit le DJ, Pauline écrivit un texte de paix sous-marin, Marion improvisa une chorégraphie de fusion aquatique. Le spectacle fut un succès monstre.
La Reine Coralissima, émue, leur offrit des colliers de perles éternelles et décréta que les Bitchachios étaient désormais des héroïnes atlantes honoraires.
— Vous serez toujours les bienvenues, leur dit-elle en leur offrant un coquillage-porte-clé interdimensionnel.
Le vortex se rouvrit, et le Bitchachio Bleu réapparut à la surface, intact, baigné dans la lumière d’un soleil couchant.
— On vient vraiment de sauver l’Atlantide ? demanda Christelle.
— Et négocier un traité de paix entre des méduses et des dauphins comiques ? renchérit Marion.
— Tout à fait, conclut Pauline en croquant dans un biscuit sec qu’elle avait miraculeusement gardé.
Et alors qu’elles voguaient doucement vers le rivage, le coquillage magique vibra doucement dans la poche de Marion.
— Vous croyez qu’il y a d’autres royaumes aquatiques à explorer ?
— Je propose qu’on fasse une pause avant de s’attaquer au Bermuda, répondit Christelle en baillant.
Et toutes éclatèrent de rire.
Car avec les Bitchachios, rien n’est jamais trop absurde… même découvrir l’Atlantide entre deux mojitos.

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