Le Royaume des Voix Sauvages
La boîte s’ouvrit en grinçant sinistrement, libérant un souffle d’air chaud et une lumière dorée éblouissante. Avant qu’elles ne puissent dire “WTF”, elles furent aspirées à l’intérieur, hurlant comme dans une montagne russe, bousculées par des courants étranges et des sons inconnus.
Elles s’écrasèrent finalement dans un champ verdoyant, entouré de collines majestueuses, d’arbres au feuillage violet, et de petits nuages roses flottant paresseusement dans le ciel. Un écureuil passa en courant devant elles… puis fit demi-tour, se redressa sur ses pattes arrière, croisa les bras et déclara d’une voix aiguë :
— Et ben dites donc, c’est pas trop tôt ! On vous attendait.
Marion cligna des yeux.
— Je rêve ou... l’écureuil vient de nous engueuler ?
— Non non, il parle, confirma Pauline, l’air aussi choquée que fascinée. Et avec du sarcasme.
— Oh mon dieu, on est dans Narnia mais version Pixar ! s’écria Christelle.
L’écureuil, qui s’appelait Gaspard, leur expliqua la situation. Elles avaient été appelées — par erreur ou par destin, il n’était pas certain — dans le royaume de Faunoria, un monde où tous les animaux parlaient. Mais le royaume était en danger. Un tyran nommé Tusk le Terrible, un ancien éléphant de cirque devenu mégalo, avait pris le contrôle du royaume du Sud, asservi des espèces entières et interdit… les blagues. Oui, les blagues. Et la musique. Et le fromage.
Les Bitchachios n’avaient aucune intention de rester, évidemment. Mais voilà : la boîte qui les avait téléportées n’avait pas de bouton “retour”. Selon Gaspard, la seule façon de rentrer était d’aider le royaume à vaincre Tusk. Une prophétie un peu floue parlait d’“étrangères venues de loin au grand cœur et au rire franc” qui sauveraient le monde. Bon, ce n’était pas précis, mais ça collait.
Christelle soupira.
— On est en train de devenir des héroïnes Disney, les filles. Et j’ai même pas mis de mascara waterproof.
Elles furent escortées jusqu’au QG de la résistance : une ferme géante souterraine dirigée par une chatte siamoise nommée Duchesse Miaulia, ancienne diva de l’opéra félin reconvertie en stratège militaire.
— Mes chéries, dit-elle en bondissant gracieusement sur une table, vous n’imaginez pas ce que votre présence signifie pour nous. Nous avons besoin de vous pour inspirer les troupes. Les animaux vous idolâtrent déjà. Votre arrivée est... comment dit-on chez vous ? Virale.
Pauline murmura à Christelle :
— T’as vu ? Même ici, on est des influenceuses.
Le QG bourdonnait de vie : un castor informaticien piratait les communications ennemies, une meute de ratons-laveurs apprenait les bases du combat rapproché avec des pommes de pin, et un hibou sénile essayait d’apprendre aux lapins à faire des bombes à fumée avec de la lavande.
La préparation de la contre-attaque était chaotique. Et hilarante. Christelle s’improvisa capitaine du moral, organisant des concerts impromptus avec un groupe de cochons mélomanes. Pauline, elle, se mit à écrire des discours motivants pour les troupes, des poèmes de guerre… et un début de roman, évidemment. Marion, quant à elle, devint coach sportive d’un bataillon de chèvres de montagne.
Mais la menace se rapprochait. L’armée de Tusk comprenait des hyènes robotisées, des toucans espions, et des grenouilles explosives (oui, sérieusement). Une attaque était imminente.
Une nuit, alors qu’un orage grondait sur les collines, une alerte retentit. Des éclaireurs de Tusk avaient franchi la frontière. Les Bitchachios se précipitèrent au poste de surveillance, où un blaireau en uniforme hurlait des ordres dans un micro.
— C’est maintenant ou jamais, grogna Duchesse Miaulia. Nous allons devoir prendre l’avantage avant que Tusk ne lance son attaque finale. Il faut infiltrer son château et voler la Couronne des Sons, un artefact magique qu’il utilise pour contrôler les esprits.
Le plan était fou. Dangereux. Presque suicidaire. Elles dirent oui immédiatement.
La mission se déroula la nuit suivante. Gaspard, deux marmottes ninja, et les Bitchachios s’infiltrèrent dans le royaume Sud à bord d’une montgolfière silencieuse (tirée par une chauve-souris géante appelée Gertrude). Le château de Tusk était une forteresse de métal et de pierre, protégée par des douves de boue vivante et des tourelles de hérissons lance-pics.
Se faufiler à l’intérieur fut une épreuve : elles se déguisèrent en chorale d’hippopotames (longue histoire), échappèrent à un labyrinthe piégé en jouant au Uno avec une pieuvre géante, et se retrouvèrent enfermées dans une salle de bal maudite, obligées de danser un tango avec des flamants roses pour progresser.
Mais elles y parvinrent.
Dans la salle du trône, Tusk les attendait. Un éléphant gigantesque, recouvert d’armures dorées, un monocle scintillant sur l’œil droit.
— Vous pensez pouvoir me vaincre ? Vous n’êtes que des humains ridicules avec des bottes sales !
Marion s’avança.
— On est peut-être ridicules… mais on a de l’amitié, de l’humour, et des slogans inspirants.
— Et une chatte qui chante du Verdi, ajouta Christelle.
— Et moi, j’ai volé ton monocle, dit Pauline en le brandissant, ce qui déconcentra Tusk assez longtemps pour que les marmottes ninja lui sautent dessus.
La bataille fut épique. Les hyènes robotisées se retournèrent contre leur maître quand elles entendirent une blague de Christelle qui court-circuita leurs circuits. Les toucans furent charmés par la voix de Pauline récitant un discours bouleversant sur le libre arbitre. Et les grenouilles explosives ? Gertrude les aspira dans un sac géant comme une sorte de Pokéball vivante.
Finalement, Tusk fut vaincu. La Couronne des Sons brisée. Les blagues, les chansons, et le fromage rétablis dans tout le royaume.
Une semaine plus tard, les Bitchachios étaient célébrées comme des déesses. On leur érigea une statue (où Marion protesta car ses cheveux y étaient “mal faits”), un festival fut organisé en leur honneur, et une comédie musicale fut écrite sur leur épopée, où elles étaient interprétées par un paon, une chèvre et une autruche.
Mais l’heure du retour approchait.
Gaspard leur remit la boîte magique, désormais réactivée par leur bravoure. Elles se prirent dans les bras, échangèrent un dernier high five avec Duchesse Miaulia, et remercièrent ce monde aussi fou que magnifique.
— Je crois que je vais pleurer, murmura Christelle.
— T’as mis ton mascara waterproof cette fois ? demanda Marion.
— Non. Mais j’assume.
Le vortex les ramena dans leur salon. Il ne s’était écoulé qu’une minute.
Elles se regardèrent, abasourdies.
— On a sauvé un royaume dirigé par un opéra-chat et un écureuil stratège, murmura Pauline.
— Et j’ai battu un éléphant dictateur avec une blague sur les frites, ajouta Christelle.
— Bon, on fait un apéro ou quoi ?
Et pendant que le monde extérieur poursuivait sa routine, dans un coin reculé de Faunoria, une plaque brillante fut installée sous leur statue. Elle disait :
“Aux Bitchachios, reines du chaos et de l’amour, nos héroïnes pour toujours.”

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