Où est passée Christelle ?!

 


C’était un jeudi matin totalement normal.

Trop normal.

Marion tourna en rond dans le café comme une langouste sous Red Bull.

— “Je comprends pas. Elle n’est jamais en retard. Christelle est la nana la plus ponctuelle du système solaire !”
— “Même quand elle fait semblant de se téléporter,” ajouta Pauline en buvant son cappuccino trop chaud.

Sur le canapé, l’endroit où Christelle s’assoie d’habitude était V I D E.
Complètement vide.
Genre… vide comme un frigo après une semaine de partiels.

Pauline fronça les sourcils.
— “Elle a même pas envoyé un message. Même pas un sticker chat moche. C’est louche.”

Marion se figea.
— “Tu crois que… quelqu’un l’a snappée ? Genre kidnappée version beauté TikTok ?”

Pauline, déjà dans son mood détective, fouilla le sac de Christelle (partiellement laissé là comme une preuve)
→ carnet de dessins
→ un crayon rogné
→ un ticket de bus froissé

et… une note.

une minuscule note.
pliée en trois.
fermée avec un autocollant… de lapin.

Pauline la déplia.

“Ne vous inquiétez pas. Je vais régler ça. — C.”

Marion blêmit.

— “JE DÉTESTE les petits messages mystérieux qui ont l’air innocents mais qui sentent la disparition dramatique à 100 kilomètres.”
— “Même moi j’ai un frisson,” avoua Pauline, “et pourtant j’ai bu deux cafés.”

Marion reprit son manteau.

— “On part à sa recherche. Déjà. Maintenant. Tout de suite.”
— “Bien sûr,” répondit Pauline, “tu crois quoi ? Que je vais la laisser se faire assassiner par… je sais pas quoi… un gang de babioles kawaii possédées ?”

Marion retint un hoquet d’angoisse.
— “C’est POSSIBLE !”

Pauline attrapa son rouge à lèvres laser sans réfléchir.
— “Ok. Première piste : l’arrêt de bus de son ticket.”

Marion hocha la tête, tremblante mais déterminée.

Deux secondes plus tard elles claquèrent la porte du café — les crescendo dramatiques dans leurs oreilles — comme dans les films.

Parce que personne — PERSONNE — ne touche à leur Christelle.
Même si elle a juste… probablement disparu toute seule.

et leur mission commençait.

à l’arrêt de bus 47.

au bord du monde.

L’arrêt de bus 47 était désert.

un panneau flingué
un chewing-gum rose fossilisé façon stalactite
et une affiche délavée de pub pour des croquettes « saveur saumon et riz planté à la main »

Marion regardait autour d’elle comme si un ninja allait sortir des poubelles.

— “Je sens une vibe flippante.”
— “Tu sens surtout la poubelle,” répondit Pauline en plissant le nez.

Elles cherchèrent sur le trottoir, comme si Christelle allait laisser une traînée de miettes façon Hansel & Gretel version cafétéria.

Pauline sortit le ticket de bus.

— “Ce ticket indique qu’elle est descendue à… ‘Rue du Panorama’. What the hell ?”
— “C’est pas… la rue avec la boutique bizarre là ?”
— “Tu veux dire l’ancienne papeterie qui vend maintenant des cristaux, des chapeaux pour chats, et des pots de miel dont l’étiquette dit ‘Ne pas consommer après 3h du matin’ ?”
— “OUI celle-là !”

évidemment.

Malédiction.
Ambiance.

parfait.

Arrivées devant la boutique, elles virent que la vitrine était remplie de… carnets de dessin noirs.

Pauline entra.

Une clochette grinça.

Une dame très très vieille, style “sorcière mais sans maquillage Halloween” leva les yeux.

— “Vous cherchez… votre amie.”

Les deux Bitchachios gelèrent.

— “Vous savez où elle est ?!” hurla Marion déjà paniquée.
— “Elle est passée ici il y a quelques heures… Elle voulait un objet rare. Une porte.”

Pauline fronça les sourcils.
— “Une porte ? Genre… une vraie porte ? En bois ?”
— “Non. Une porte invisible. À travers un mur.”

La sorcière (ou dame, ou entité) posa un frigo miniature sur le comptoir.

— “Elle m’a acheté ça.”

Marion éclata de rire.
— “Un mini frigo ?”
Pauline serra les dents.
— “Non.”
Elle recula.
— “CHRISTELLE collectionne les frigos miniatures. C’est son truc bizarre numéro 7.”

La dame hocha la tête.

— “Elle a ouvert ce frigo. Et elle a disparu à l’intérieur. Comme prévu.”

Marion ouvrit grand la bouche.
— “Attends attends ATTENDS, tu es en train de me dire que Christelle est rentrée dans un FRIGO DIMENSIONNEL ?!”
— “Oui.” dit la dame. “Et si vous voulez la récupérer…”

Elle poussa vers elles un autre mini frigo identique.

— “Vous devrez l’ouvrir vous aussi.”

Pauline avala sa salive.

— “C’est un piège à 3000%.”

Marion, déjà en train de le prendre, tremblait.

— “On est d’accord… qu’on va quand même le faire ?”
— “Évidemment qu’on va le faire,” dit Pauline. “On est LES BITCHACHIOS.”

Elles posèrent le mini frigo au sol.

Pauline l’ouvrit.

une lumière violette surgit

et aspira les deux filles en un coup de flash.

POUF.

plus de Marion.
plus de Pauline.

juste un frigo qui se referme doucement.

et un petit sticker lapin qui se colle dessus tout seul.

Marion et Pauline atterrirent dans…

un couloir infini.

sauf que le couloir était fait de
portes de frigos empilées
comme des casiers d’école version électroménager.

chaque porte avait un petit magnet.
certains mignons, certains bizarres, certains… qui clignotaient comme des avertissements.

— “On est dans… un IKEA maudit ?” murmura Marion.
— “Non.” répondit Pauline, calme. “On est dans le sous-plan dimensionnel des collectionneurs compulsifs.”

(et oui on aurait pu trouver pire)

Un frigo à leur gauche s’ouvrit soudain

Christelle en sortit
décoiffée
le mascara coulant
un carnet à dessin en main

— “AH ! ENFIN !” cria-t-elle. “J’essayais d’ouvrir un passage pour revenir !”

Les deux autres se jetèrent sur elle en mode câlin collectif hystérique.

Marion sanglotait déjà.
— “Je croyais que tu étais morte dans une cave hantée par des gnomes !”
— “Pourquoi des gnomes ?!” demanda Christelle, perdue.
— “J’ai paniqué OK.” répondit Marion.

Pauline resserra le câlin.
— “Plus JAMAIS tu disparais en laissant un post-it pseudo poétique !”
— “J’étais dans une quête.” répondit Christelle mystérieuse.

Les deux la fixèrent.

— “J’ai trouvé ça.”

Elle leva le carnet.

à l’intérieur → des dessins
de frigos miniatures
mais… ouverts
avec des paysages à l’intérieur

l’un montrait une plage
l’autre une bibliothèque géante
l’autre un atelier d’art

Marion cligna des yeux.
— “Mais… ce sont nos rêves.”

Christelle sourit.
— “Exactement. Chaque frigo renferme une porte vers ce qu’on veut construire ensemble.”

Pauline réalisa.
— “Tu cherchais déjà notre futur appartement…”

Christelle expliqua calmement :

— “j’étais pas partie chercher un appartement… ça, on l’a déjà. J’étais partie chercher l’élément manquant.”

Marion haussa un sourcil.
— “Quel élément ???”

Christelle ouvrit son carnet :
pages remplies de croquis ultra précis du nouvel appart
les pièces
les volumes
les chemins de circulation
oui
elle avait TOUT dessiné

Pauline fronça les yeux :
— “Tu voulais optimiser l’agencement...”
Christelle hocha la tête.

— “J’avais besoin d’un objet dimensionnel neutre pour déplacer l’énergie du lieu — sinon les chats et Moutarde risqueraient de stresser pendant le déménagement.”

Marion :
— “... tu es entrée dans un frigo parallèle juste pour être sûre que Moutarde ne fasse pas une crise de panique ???”

Christelle (très sérieuse) :
— “oui.”

Pauline posa une main sur sa joue.
— “ok. ça c’est… ça c’est tellement toi.”

Marion soupira :
— “on a failli mourir 17 fois mais pour ça… ça vaut le coup.”

Les trois se prirent dans les bras.

POUF
une nouvelle lumière violette jaillit

et les projeta…

directement dans le salon de leur futur appartement
celui qui a la vue
celui qu’elles ont déjà choisi
celui qu’elles savent qu’elles aiment déjà

le soleil traversait la grande baie vitrée
Henya, Oréo et Moutarde les attendaient posés dans des cartons ouverts

Marion inspira profondément.

— “ok. là. maintenant. ça y est. On commence notre vie ensemble.”

Pauline sourit :
— “et cette fois… SANS mini-frigo démoniaque.”

Christelle :
— “oui. maintenant… juste nous trois. Les Bitchachios. À la maison.”

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