Détente et Vapeurs : Le Samedi des Bitchachios

 



Ce matin-là, la motivation flottait dans l’appartement comme l’odeur du café matinal. C’est Marion qui avait déniché le bon plan : une offre de dernière minute pour l’espace bien-être de la ville. — « Les filles, on décolle. On va se faire tremper dans des bains à bulles jusqu’à ce qu’on ressemble à des pruneaux. »

Pauline avait levé un sourcil, fermant doucement son livre. — « Pourquoi pas. Mon dos me hurle dessus depuis trois jours, et le calme d’un spa me semble être une option socialement acceptable pour ne parler à personne d'autre qu'à vous. »

Christelle, qui essayait de discipliner ses boucles dans le miroir du couloir, approuva avec un sourire : — « J’ai juste besoin d’un truc relaxant. Hier, j’ai passé trois heures sur un dessin et j'ai l'impression d'avoir les doigts en compote. Par contre, si je me perds dans les couloirs, ne m’abandonnez pas. »

L’arrivée aux thermes fut plus paisible que prévu. Le lieu était baigné d'une lumière tamisée, avec une musique d'ambiance à base de flûte de pan qui fit doucement ricaner le trio. — « On dirait qu’on est dans un niveau bonus d’un jeu vidéo, » murmura Marion en enfilant son peignoir, qui était visiblement deux tailles trop grand pour elle.

Elles commencèrent par le grand bassin chauffé. L’eau était parfaite. Elles s'alignèrent le long du rebord, les bras croisés sur le carrelage, observant les autres baigneurs avec leur ironie habituelle. — « Regardez le monsieur là-bas, » chuchota Pauline. « On dirait qu’il essaie de méditer très fort, mais je suis sûre qu’il pense juste à ce qu’il va manger ce soir. » — « Probablement une pizza, » ajouta Christelle en flottant sur le dos, ses cheveux formant une auréole autour de sa tête. « Tout le monde pense à la pizza quand il est dans l’eau chaude. C’est biologique. »

Marion, toujours à l'affût, repéra un bouton rouge sur le mur à côté d'elles. — « Vous croyez que ça lance les jets massants ou que ça vide la piscine ? » — « Marion, ne touche à rien, on vient d’arriver, » prévint Pauline sans grande conviction.

Évidemment, Marion appuya. Ce ne fut pas une catastrophe, mais un jet d’eau extrêmement puissant jaillit du mur, pile au niveau des lombaires de Pauline. Elle poussa un petit cri de surprise, propulsée de quelques centimètres en avant. — « Oh ! C'est... énergique ! » s'exclama-t-elle en essayant de reprendre sa contenance tout en luttant contre le courant. — « C’est pour ton dos, c’est toi qui l’as dit ! » rigola Marion, ravie de son effet.

Elles finirent par se diriger vers la "Grotte de Sel". C'était une pièce sombre, avec des murs recouverts de cristaux orangés. Le silence y était obligatoire. Elles s'allongèrent sur des transats chauffants, côte à côte. — « C'est quand même super beau, » chuchota Christelle. — « On dirait le décor d'un film de science-fiction des années 70, » répondit Pauline. « J'attends qu'un alien sorte d'un mur pour nous proposer du thé. »

L'absurdité du lieu commença à les gagner. Christelle, en voulant se réinstaller confortablement, fit glisser une petite coupelle de sel posée sur la table d'appoint. Rien de grave, mais le bruit du sel qui s'écrasait au sol résonna comme une explosion dans la pièce silencieuse. Un couple à l'autre bout les regarda avec sévérité. Marion se retint de rire, ce qui provoqua un bruit de sifflet nasal assez étrange. — « Chut ! On est spirituelles, là, » souffla Pauline, elle-même à la limite du fou rire nerveux.

Elles sortirent de la grotte quelques minutes plus tard, marchant en file indienne pour ne pas croiser le regard des gens sérieux. Une fois dehors, l’air frais leur fit du bien. — « On a duré vingt minutes avant de se faire remarquer par la police du calme, » nota Marion en vérifiant l'heure. « C’est notre nouveau record. »

— « N'empêche, ça fait du bien, » admit Christelle en s'étirant. « Même si j'ai l'impression que ma peau a absorbé assez de sel pour conserver un jambon pendant trois ans. » — « Allez, rentrons, » conclut Pauline en ajustant ses lunettes, sa bonne humeur retrouvée. « J'ai faim, et bizarrement, je n'arrive pas à décider si je veux manger thaï ou de la pizza. » — « Pizza ! » crièrent Marion et Christelle en chœur.

Sur le parking, elles prirent un selfie flou, les visages un peu rouges, les cheveux en bataille, mais le sourire aux lèvres. Une journée banale, mais c’était exactement ce dont elles avaient besoin.

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